Les défis du « monde post-COVID-19 »

 

Document politique du 37e congrès du PCB

(version définitive approuvée par le 37e congrès du PCB/CPB le 3 octobre 2020 à Bruxelles)

 

Remarque

Ce document entend fournir des clés de réflexion sur la crise mondiale provoquée par cette pandémie de COVID-19 et des recommandations aux communistes pour ne pas tomber dans les pièges tendus par les élites dirigeantes belges et occidentales. Il a donc pour ambition de synthétiser nos analyses et positions en Belgique et dans le monde de 2020 et d'imaginer des stratégies renouvelées en vue de faire progresser la lutte vers le socialisme.

Sommaire

·         Introduction 

·         La Belgique durement touchée 

·         La mutation des conditions de travail

·         La mondialisation en échec 

·         Le changement climatique et la planification écologique

·         Militarisme et impérialisme toujours à la manœuvre 

·         Les luttes à venir 

·         Colonisation et racisme, éviter les dérives

·         Résolutions  

Introduction

Un minuscule virus a mis à genoux les économies mondiales. La plupart des pays de la planète connaîtront en 2020 un recul inédit de leur PIB, en particulier les États occidentaux, dont ceux de la zone euro.

Si – actuellement – la pandémie semble plus ou moins sous contrôle en Europe occidentale, il n'en va pas de même dans de nombreux pays du monde (États-Unis, Amérique latine, Inde...) où le « pic » de contaminations et décès ne semble pas encore atteint, nul ne peut prédire l'évolution de la pandémie de COVID-19, mais il est clair que – en l'absence de vaccin – l’extrême contagiosité de la maladie rend vulnérables tous les pays tant que des foyers subsisteront ailleurs dans le monde.

La Belgique durement touchée

Le très haut taux de décès dus au COVID-19 connu par la Belgique s'explique partiellement par une méthode de comptage sans doute plus inclusive que celles d'autres pays. Mais la violence de la pandémie dans notre pays s'explique aussi par l'irresponsabilité de nos dirigeants :

·       Prise en compte avec un mois et demi de retard   par le Conseil national de sécurité – un organe chargé à l’origine des affaires de renseignement, donc a priori sans compétence médicale – de l’alerte lancée dès le 30 janvier 2020 par l’OMS qualifiant l’épidémie d’urgence de santé publique de portée internationale ;

·       absence de contrôle et de suivi des Belges revenant de zones fortement affectées par la pandémie ;

·       non-remplacement des stocks stratégiques de masques sous prétexte d'économies ;

·       absence d'équipement et produits de protection au personnel de santé alors que les contaminations atteignaient leur paroxysme ;

·       discours de négation de l'utilité des masques avant de changer radicalement de position quand ceux-ci sont devenus disponibles ;

·       transformation des maisons de repos en mouroirs alors que des places en milieu hospitalier sont toujours restées disponibles ;

  •  absence à ce jour de toute campagne de testage généralisé de la population.

Le chaos généré par la pandémie a certainement été aggravé par le système fédéral belge et ses neuf ministres compétents en matière de santé. Avec le PTB, nous considérons qu’il est urgent de refédéraliser les soins de santé et de garder la sécurité sociale dans un cadre strictement national.

Sur le plan fédéral, la majorité des partis a accordé au gouvernement minoritaire Wilmès trois mois de « pouvoirs spéciaux », utilisés pour imposer nombre de restrictions aux libertés fondamentales – certaines n'ayant pas nécessairement été utiles pour combattre la pandémie – mais aussi pour attaquer des droits sociaux (nombre autorisé d'heures supplémentaires, extension des CDD et du travail étudiant, etc).

Alors que le monde politique semblait dépassé par l'ampleur de la pandémie, nous devons saluer le travail et le dévouement du personnel de santé qui a démontré que rien ne peut remplacer une sécurité sociale forte et les services publics. Les rémunérations du personnel de base (soins, nettoyage et catering...) doivent être nettement revalorisées et des recrutements doivent être opérés d'urgence pour pallier l'épuisement de ce personnel. Les revendications du personnel soignant (exprimées notamment lors de la manifestation du 13 septembre 2020) doivent être soutenues sans réserve.

Les conséquences de la crise commencent à se faire sentir sur le monde du travail, avec une nette augmentation des licenciements et une explosion du nombre de faillites d’entreprises, petites et grandes. Pour les jeunes en particulier, les perspectives de trouver ou de garder un emploi sont de plus en plus minces dans un contexte de récession d’une ampleur historique. En outre, le confinement et les mesures de déconfinement ont entraîné une désertion massive des bancs de l’école dans de nombreux établissements de quartiers populaires ; ce décrochage scolaire présage d’inégalités sociales encore accrues si des mesures urgentes, dont le recrutement d’enseignants, ne sont pas prises.

Les budgets accordés à la santé publique et l'enseignement, tellement rabotés depuis des décennies, doivent en conséquence être considérablement augmentés.

 

La mutation des conditions de travail

Une des conséquences les plus importantes de la crise sanitaire est la généralisation du télétravail dans tous les secteurs professionnels qui ne nécessitent pas la présence effective des travailleurs sur leur lieu de travail.

Cette généralisation, si elle se maintient, risque d’avoir de nombreux impacts négatifs sur l’organisation du travail et la défense des travailleurs :

·       Dilution des solidarités au sein des entreprises, par la disparition des contacts directs entre les travailleurs ;

·     Difficultés du contrôle sur les conditions de travail à domicile (horaire, confort au travail, etc.) ; transfert sur les travailleurs de coûts qui sont en principe à charge de l’employeur (location de bureaux, acquisition de matériel informatique ou téléphonique, chauffage, nettoyage…), même si la loi prévoit que plusieurs de ces coûts doivent être assumés par l’employeur ;

·     Précarisation des travailleurs, à cause de l’individualisation et de la révision permanente des contrats de travail ;

·     Risques liés au comportement des enfants ou des animaux de compagnie présents pendant le télétravail (manipulations intempestives des claviers, etc.) ;

  • Risque d’accentuer l’exode urbain, qui se traduira, pour les régions urbaines à forte densité d’emplois, par un appauvrissement des recettes fiscales et des difficultés de financement des secteurs sociaux, des transports publics, etc.

Les syndicats sont actuellement silencieux sur cette évolution qui risque pourtant d’entraver très sérieusement leurs actions, parce que le télétravail recueille l’assentiment d’une grande partie des travailleurs, notamment parce qu’il permettrait un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et parce qu’il limiterait l’impact écologique des déplacements du domicile vers le lieu de travail.

La Parti doit entamer une réflexion de fond sur ce sujet, en dialogue avec les syndicats et les travailleurs, afin de souligner les conséquences négatives de cette évolution et de dégager des pistes pour y remédier.

 

La mondialisation en échec

La pandémie a provoqué l'effondrement d'un système basé sur la mondialisation des échanges. L'exécuteur de la mondialisation en Europe – l'Union européenne – a vu tous ses dogmes s'écrouler en quelques jours.

La libre circulation des personnes n'est plus qu'un souvenir, les secteurs du tourisme et des transports sont en proie aux pires difficultés. La libre circulation des marchandises s'est muée en repli nationaliste, des pays comme l'Allemagne et la France allant jusqu'à interdire des livraisons de masques à l'Italie et l'Espagne, des pays plus rapidement aidés par la Chine ou la Russie que par les autres États-membres.

La règle imposant un déficit inférieur à 3% du PIB aux États-membres a été abolie dès le 20 mars, comme celle tentant de limiter leur dette à moins de 60% du PIB. C'est au nom de ces critères, dits de Maastricht, que depuis un quart-de-siècle, l'austérité fait rage dans nos pays.

Alors que l'Europe était, au printemps 2020, le continent le plus touché par la pandémie, la Commission et le Conseil européens sont restés de marbre, tétanisés par l'ampleur de la crise, lançant de temps à autre des consignes ignorées par les États-membres, même les plus petits. Fuyant leurs responsabilités, de nombreux responsables politiques occidentaux – relayés par les media à leur service – ont préféré recourir à la vieille méthode du bouc émissaire, accusant la Chine et plusieurs autres États ayant le culot de leur résister d'être responsables de la pandémie et de mentir à ce sujet.

D’autre part, au sein de l’UE, un front s’est constitué, au sein duquel on trouve les gouvernements ultralibéraux des pays dits « frugaux » et une fraction de la droite allemande, visant à faire payer aux travailleurs et aux services publics, la dette générée par la pandémie, et s’opposant à la politique d’assouplissement monétaire, pratiquée par la BCE pour éviter l’effondrement économique. Comme toujours, ces habitués de l’escroquerie intellectuelle, présentent leurs options antisociales comme le fruit indiscutable de la science économique.

Or, des économistes plus pragmatiques, pourtant libéraux, conscients de la catastrophe économique engendrée immanquablement par les politiques austéritaires, préconisent, par exemple, de passer par des obligations perpétuelles (qu’on pourrait décrire comme des dettes sans échéance de remboursement) à 0% de taux d'intérêt, pour  « geler » la dette au sein de la BCE, soit en définitive de la création monétaire, peu susceptible d’engendrer une inflation de plus de quelques pourcents. En effet, la BCE n’a aucune obligation de remettre cette dette sur les marchés.

Sous le prétexte de cette « dette », une attaque sur les salaires et les services sociaux est d’autant plus scandaleuse que, selon les chiffres publiés par l’Institut des comptes nationaux (ICN), le poids des salaires dans le PIB de la Belgique est passé sous la barre symbolique des 50%. En outre, l’évasion fiscale n’est pas combattue, voire couverte, par les gouvernements successifs et atteint des sommets (en 2016, 853 entreprises belges ont envoyé plus de 221 milliards d’euros vers des paradis fiscaux).

Une conséquence de la pandémie, annonciatrice de changements importants dans la structure et le commandement du système capitaliste, est sans doute le renforcement des grosses sociétés associées à la financiarisation de l'économie et aux opportunités géopolitiques au détriment  de celles du capitalisme « traditionnel », en particulier l’industrie et le transport. En effet, tandis que, nombreuses sont celles, parmi les premières, à connaitre des bénéfices inédits, celles plus traditionnelles subissent des pertes abyssales.

Parmi les gagnants, on trouve en particulier les géants du secteur numérique, celles du GAFAM, qui ont profité outrageusement du confinement et du télétravail, ainsi que la grande distribution, la pharmacie et l’armement. Si cette évolution se confirme, elle pourrait donner naissance à une nouvelle hégémonie au sommet du système capitaliste mondial.

 

Le changement climatique et la planification écologique 

« Le capitalisme n’épuise pas seulement le travailleur : il épuise aussi la terre. » K. Marx, Le Capital

« Nous ne devons pas nous vanter trop de nos victoires humaines sur la nature. Pour chacune de ces victoires la nature se venge sur nous. » F. Engels

La Terre est le siège, depuis plus d’un siècle et demi, de changements profonds. La population a augmenté vertigineusement et, pour satisfaire les besoins en énergie nécessaire à l’industrialisation, l’extraction des combustibles fossiles se fait à une échelle telle que le taux de CO2 dans l’air augmente de façon accélérée ; or le CO2 est le principal gaz à effet de serre, responsable du réchauffement de la planète. On constate aussi un appauvrissement des sols, une diminution de la biodiversité, une déforestation préoccupante, la pollution des cours d’eau et des océans, ainsi que celle de l’atmosphère.

Pour se limiter au réchauffement climatique, dont on perçoit déjà les effets, notons que le GIEC est unanime à constater qu’il est d’origine anthropique, c’est-à-dire causé par l’homme. Le capitalisme industriel implique la production de biens et de services gros consommateurs d’énergie, et l’essentiel de l’énergie est d’origine fossile (charbon, pétrole, gaz). Les énergies renouvelables sont marginales, ainsi que l’énergie nucléaire, sauf en France et en Belgique. Par conséquent, jour après jour, d’immenses quantités de gaz à effet de serre sont envoyées dans l’atmosphère. La terre et surtout les océans absorbent une grande part du CO2 émis, mais l’excédent s’accumule dans l’atmosphère.

Le productivisme capitaliste s’oppose à toute planification. Le libre-échangisme implique la liberté de produire n’importe quoi pour autant qu’il y ait un marché solvable pour acheter. La publicité se charge de créer les besoins pour une population formatée par un système scolaire qui n’éveille pas suffisamment à l’esprit critique. Et le complexe militaro-industriel est un secteur phénoménal qui gaspille le meilleur des ressources terrestres, matières premières et énergie. Il est indispensable de remettre en cause en cause le mythe de la croissance illimitée du PIB qui s’accompagne inévitablement d’une augmentation de la consommation des ressources et de la production de déchets. La Terre n’est pas un réservoir inépuisable. Ainsi, en à peine 8 mois, le capitalisme consomme toutes les ressources naturelles susceptibles d’être renouvelées en une année. 

Le GIEC nous avertit que si la température augmente de plus de 2°C d’ici à 2050, les conséquences pourraient être catastrophiques. Pourtant, il est probable que l’augmentation sera de plus de 2°C car, sommet après sommet, on constate que le capitalisme est incapable de trouver des solutions politiques et met en avant des solutions apparemment « vertes » (voitures ou trottinettes électriques, par exemple), mais dont le coût écologique de la réalisation (exploitation des ressources naturelles, recyclabilité de celles-ci...) n'est souvent pas pris en compte. Le capitalisme vert ne résout rien. C’est « polluer moins pour polluer plus longtemps » (Paul Ariès).

Les effets de l’augmentation des températures et de la sécheresse sont aggravés par une croissance inquiétante du taux d’artificialisation et d’imperméabilisation (ou bétonisation) des sols. Ainsi, l'eau de pluie évacuée dans le réseau d'égouttage ou dans un cours d'eau peine à s'infiltrer dans le sol, ce qui diminue l’alimentation de  la nappe phréatique. Malgré les belles paroles de nos gouvernants, la situation ne cesse de s’aggraver : en Wallonie, l’artificialisation des sols dépasse déjà 10 % du territoire, et elle continue à progresser de près de 3 hectares chaque jour. 

La technocratie prétend régler le problème par l’investissement dans les nouvelles technologies. Mais c’est un leurre. Les innovations technologiques en système capitaliste ne sont pas destinées à consommer moins, mais au contraire plus. Les meilleures performances des moteurs des voitures devraient permettre une moindre consommation ; pourtant, la consommation globale augmente, parce que la publicité vous enjoint à acheter des 4x4 ou des SUV, et vous installe l’air conditionné sans que vous l’ayez demandé. Le libre échangisme ne trouve rien à redire au fait qu’un voyage en train peu polluant soit beaucoup plus cher qu’un voyage en avion. D’ici à 2050, le trafic aérien devrait doubler, mais on culpabilisera les gens de cet état de fait. On se met à fabriquer des voitures électriques, mais cette électricité est produite essentiellement par des centrales à charbon, à mazout ou au gaz, ce que les constructeurs taisent car un marché juteux est en vue. Par contre la technocratie ne prévoit rien pour augmenter la durée de vie des appareils domestiques courants. On préfère vendre du neuf plutôt que de réparer de l’ancien. Tout est fait pour augmenter la consommation : création de besoins par la mode, la publicité, le fait que les réparations sont impossibles ou trop coûteuses, bref, la préférence donnée à la valeur d’échange au détriment de la valeur d’usage. La solution n’est donc pas technique, mais idéologique et politique. 

La planification écologique s’oppose résolument au libre-marché. Le plan doit être élaboré par l’Etat en fonction des besoins de la population et non en inventant artificiellement de nouveaux besoins, mais le néo-libéralisme rejette totalement cette option. Le rapport de force pour contraindre les gouvernants à prendre les mesures qui s’imposent doit être établi par une mobilisation populaire, comme celle des jeunes de 2019 en faveur du sauvetage du climat. 

Les besoins en investissements seront colossaux et on ne peut plus accepter la socialisation des pertes et la privatisation des bénéfices. Dans l’immédiat, il faudra que, en échange du sauvetage des compagnies aériennes et des constructeurs automobiles, l’Etat entre dans le capital de ces entreprises pour contrôler leur développement futur. 

Cela ne sera possible sans un Front de Gauche ample et une convergence des luttes. Les luttes post-Covid seront féroces.

 

Militarisme et impérialisme toujours à la manœuvre

Malgré la pandémie, et de manière sournoise, en profitant de la pandémie, les forces impérialistes, avec leur tête les États-Unis d'Amérique, ont poursuivi leur offensive contre les États et mouvements rebelles à leur domination :

  • Les manœuvres de l'OTAN Defender 2020 visant la Russie ont eu lieu en avril-mai avec une participation importante de l'armée belge chargée d'assurer la logistique (transport de troupes et équipements au départ d'Anvers, notamment).
  • Des avions de guerre de l'OTAN, dont des F-16 belges, patrouillent en permanence à cette frontière, ainsi qu'en Syrie et en Irak.
  • La décision de remplacement des F-16 par des F-35 n'est nullement remise en cause malgré l'effondrement économique en cours.
  • Le président Trump a annoncé unilatéralement, en juillet, le transfert du Commandement des forces U.S. en Europe de Stuttgart à Casteau, où est déjà basé le QG de l'OTAN.
  • Le plan israélo-étatsunien d'annexion de vastes parties de la Cisjordanie se poursuit dans le silence complice de l'Occident et de plusieurs pays arabes. La reconnaissance de l’Etat sioniste par des pétromonarchies arabes confirme le rôle d’Israël dans son soutien aux dictatures au Moyen-Orient et renforce le système d’apartheid que subit le peuple palestinien.
  • Les sanctions imposées par les États-Unis à un nombre grandissant d’États (Iran, Venezuela, Biélorussie, Russie, Chine…), ainsi qu'à leurs partenaires commerciaux, ne rencontrent qu'une opposition tout au plus verbale des États européens et de l'UE, bien qu'elles menacent leurs propres intérêts économiques. Dans certains cas, ces sanctions unilatérales, dirigées contre les populations les plus vulnérables, peuvent être assimilées à des crimes contre l’humanité.
  • Le régime néo-fasciste d'Erdogan rêvant de reconstituer l’empire ottoman s'avance sur trois fronts : en confirmant l'annexion du nord de Chypre et avançant ses frontières maritimes dans les eaux territoriales de la Grèce et de Chypre, en s'assurant la prédation des ressources d'hydrocarbures de la Libye et en tentant de s'approprier des territoires qu'il occupe illégalement en Syrie où il impose déjà l'usage de la langue et de la livre turques.
  • En Biélorussie, les Etats-Unis et l'UE, soutenus par diverses ONG et les média au service du néolibéralisme, veulent en finir avec le dernier territoire où l’héritage social et économique de l’époque soviétique est encore d’actualité.

 

Les luttes à venir

Malgré la chute du niveau de vie qui se profile, cette déroute du capitalisme mondialisé est une chance qui doit être saisie par les mouvements sociaux et par la gauche radicale. De vastes secteurs de l'opinion sont maintenant persuadés que les recettes néolibérales imposées par l'UE et le FMI sont néfastes et ont montré toute l'étendue de leur nocivité pour l'espèce humaine et son environnement. Il semble devenu évident au plus grand nombre qu'il est nécessaire de :

  • renforcer, en moyens et personnel, les services publics, en particulier dans les domaines de la santé, de l'enseignement et de la justice ;
  • relocaliser l'économie, en rapatriant la production de nombre de produits essentiels, et en mettant fin aux dogmes éco-destructeurs de la « flexibilité » ou du just in time ;
  • repenser une politique rationnelle de mobilité, en favorisant les emplois de proximité, le transport ferroviaire et fluvial, le transport public et les « moyens doux » (marche, vélo...) ;
  • augmentation substantielle du salaire minimum (au minimum 2000 €/mois) et limitation des rémunérations des patrons et cadres supérieurs ;

·    taxer les grandes fortunes (proposition PTB) et les multinationales, en particulier les GAFAM (proposition Macron).

Sur ce dernier point, il faut souligner la manière scandaleuse par laquelle certains des hommes les plus riches du monde se sont enrichis pendant et grâce la pandémie. Ainsi, au 20 juillet, Jeff Bezos, l'homme le plus riche du monde, propriétaire d'Amazon, avait accu sa fortune de plus de 74 milliards de dollars pendant la pandémie. Alors qu'Amazon ne paie pratiquement aucun impôt, ni en Europe, ni aux États-Unis, la firme a fait travailler ses employés en ignorant totalement les règles sanitaires mises en place pendant la pandémie et en continuant d'empêcher les tentatives d'organisation syndicale. En France, elle a refusé de se plier aux injonctions officielles de limiter ses activités aux activités essentielles.

À propos de la taxe sur les grandes fortunes, le PCB la considère comme une étape indispensable vers l’abolition des grandes fortunes, le réel objectif devant être le contrôle des salaires et autres rémunérations des patrons et cadres supérieurs, ainsi qu’une meilleure progressivité des taux d’imposition et la globalisation des revenus, ce qui aurait pour effet de resserrer de manière drastique les écarts salariaux. Cette taxe ne devrait donc surtout pas être utilisée pour entériner l’existence des grandes fortunes. 

En plus des luttes pour davantage de justice sociale et fiscale en Belgique et en Europe, les communistes doivent à tout prix soutenir celles des États et peuples victimes directes de l'impérialisme.

 

Colonisation et racisme, éviter les dérives

Aux États-Unis et en Europe, le printemps 2020 a été marqué par de nombreuses manifestations contre le meurtre de l'Afro-Américain George Floyd par la police de l'État du Minnesota. En Belgique, ces manifestations ont pris un tour plus anticolonialiste, se focalisant sur la personnalité (et les statues) du roi Léopold II et de ces activités sanglantes au Congo. Les communistes ont toujours dénoncé la brutalité et le racisme dont font preuve de nombreux policiers. Ils ont été parmi les premiers, en Belgique, à réclamer l'indépendance des colonies belges et à y dénoncer les exactions coloniales.

Cependant, certains actes et déclarations du mouvement Black Lives Matter (aux USA) ou de certains se déclarant « afro-descendants » (en Belgique) posent question.

Tout d'abord, le racisme de blancs visant les noirs n'est hélas pas le seul exerçant ses effets nocifs. Le début de la pandémie a connu une vague d'agressions contre des citoyens d'origine asiatique sans que cela ne soulève la moindre protestation.

D'autre part, le soutien à ce mouvement accordé par les grands media et celui affiché par des multinationales comme Amazon – qui a publié l'emblème de BLM sur la page d'accueil de son site – ou Nike – qui s'est développée grâce au travail forcé et à celui des enfants, et base maintenant sa pub sur de pseudos « antiracisme » et « féminisme » -– devrait nous faire réfléchir. Un antiracisme déconnecté des réalités sociales ne menace en rien leurs intérêts et peut servir à mieux vendre leurs services ou marchandises.

Enfin, nous refusons toute responsabilisation collective sous prétexte de couleur de peau. Quand les sbires de Léopold II pratiquaient le travail forcé et multipliaient les exactions au Congo, des milliers d'enfants travaillaient dans des mines en Belgique. C'est quand les travailleurs belges ont réussi à conquérir davantage de droits que la condition des « colonisés » s'est améliorée, en particulier après la Deuxième guerre mondiale. Les peuples belge et congolais, unis par une histoire certes injuste, doivent désormais collaborer contre leurs vrais adversaires. Si des compensations doivent être accordées aux peuples congolais, rwandais et burundais, elles doivent l'être par les grandes familles que la colonisation a enrichies (Solvay, Emsens, Boël, Janssen, Bekaert, Lippens, Vandemoortele, Van Thillo, Bertrand, Dieryck, van Baaren...), pas par les travailleurs et citoyens belges.

Mais il est encore plus essentiel de rééquilibrer les termes de l'échange, de manière à ce que le prix du travail dans le Sud rejoigne celui des pays les plus prospères, et que les matières premières du Sud soient payées à un prix équitable, indépendant des cours de la bourse.

Cependant, remplacer la lutte des classes par une « guerre des races » ne profiterait qu'aux élites mondiales, pas aux travailleurs des pays du Nord et du Sud. C'est « tous ensemble » que les travailleurs sont forts, pas en se divisant en chapelles « communautaires ». Les luttes contre le néo-colonialisme sont l’affaire de tous et doivent recevoir l’entier soutien des communistes.

 

Résolutions

Principales revendications du PCB dans les domaines :

  • Social et fiscal

·         Refédéralisation et refinancement des soins de santé et de la Sécurité sociale

·         Refinancement de l’enseignement, qui doit être entièrement public, et des services publics en général

·       Relocalisation de l’économie, par le rapatriement de la production de nombre de produits essentiels et en mettant fin aux dogmes éco-destructeurs de la « flexibilité » ou autres

·        Réappropriation collective du crédit et des moyens de production 

·        Répartition équitable du travail et des richesses

·        Augmentation substantielle du salaire minimum (pas moins de 14 €/heure nets) et limitation des rémunérations des patrons et cadres supérieurs ;

·       Taxation des grandes fortunes et des multinationales, en particulier les GAFAM.

·         Politique

·         Viser à l’union de la gauche

·         Intensifier les contacts avec les mouvements de gauche internationaux afin de coordonner les luttes

·         Mandater le CC pour qu’il reconsidère les modalités de la relation du PCB avec le PGE.

  • Recherche

·        Libérer la recherche et les revues scientifiques de la mainmise financière. Définir clairement son côté éthique.

·       Exiger une évaluation sociétale des applications et des buts poursuivis par la recherche dans les entreprises privées (en particulier celles des secteurs pharmaceutique et aéronautique).

  • Écologie

La planification écologique destinée à contrer le changement climatique exige impérativement : 

·    Une diminution radicale de la consommation de combustible fossile et de ressources naturelles : concevoir une politique rationnelle de mobilité qui décourage l’usage de l’avion et de l’automobile ; promouvoir les emplois de proximité ; taxer davantage les moyennes et grosses voitures ; mettre fin aux voitures de société et à l’éclairage superflu des autoroutes ; développer les transports en commun et les pistes cyclables ; isoler les habitations. La diminution de la consommation d’énergie doit être incitée fiscalement par des  taux de TVA favorables aux faibles consommateurs ;

·         La remise en cause de la prolifération d’emballages inutiles par l’incitation à la vente en vrac ou la possibilité de recharger ou réutiliser l’emballage ;

·         La création d’une banque publique au service de la planification écologique ;

·         Une taxe sur les publicités, lourde sur les publicités lumineuses ;

·     La relocalisation des productions pour éviter le transport coûteux des marchandises : il est irrationnel de faire venir de divers pays européens des produits que nous exportons dans ces mêmes pays (viande, lait et dérivés, etc.) ;

·     L’obligation pour les entreprises de disposer d’espaces de stockage sur le lieu de leur activité, et non d’utiliser l’espace public (routes ou parkings occupés par des camions souvent à moitié vides) comme c’est le cas actuellement, avec les conséquences écologiques dommageables que l’on sait ;

·     La relance du transport ferroviaire et fluvial des marchandises et la reconnexion de toutes les agglomérations de plus de 5000 habitants au réseau SNCB ;

·       Une gestion rigoureuse et responsable de la démographie.

  • Impérialisme et militarisme

·      Les termes de l'échange entre le Nord et le Sud doivent être  rééquilibrés : le prix du travail dans le Sud doit rejoindre celui des pays les plus prospères, et les matières premières du Sud doivent être payées à leur juste prix.

·  La Belgique doit quitter immédiatement l’OTAN, organisation agressive et instrument de la domination des Etats-Unis sur l’Europe. Les bombes nucléaires étatsuniennes entreposées dans le Limbourg doivent immédiatement quitter le territoire belge.

·     Aucune augmentation des dépenses militaires ne peut être tolérée ; au contraire, les dépenses en armement doivent être converties en investissements sociaux.

  • Féminisme

·    Combattre le sexisme et le machisme. A l’intérieur du Parti, les femmes sont encouragées à organiser des activités sur les thèmes qu’elles choisiront, afin de dégager des objectifs communs précis pour favoriser une véritable société égalitaire.

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