Entretien avec un homme d'expérience

Suite aux remous dans les prisons, un homme expérimenté de l’univers carcéral nous parle. LUK VERVAERT ex-éducateur à la prison de Saint Gilles (Bruxelles), répond à nos questions:


ADW : Quel est le rôle d’un éducateur au sein d’une prison?
LV : Celui-ci est d’apporter un peu d’humanité. L’éducateur sert de lien entre le monde intérieur et le monde extérieur duquel les détenus sont coupés. En outre, celui-ci doit leur apporter un message éducatif.

ADW : Y-a-t-il suffisamment d’éducateurs pour les détenus?
LV : Il y a beaucoup trop peu d’éducateurs dans les prisons. C’est dramatique. De plus, le statut même de l’éducateur ne ressemble à rien de sérieux. Les éducateurs font parti d’ASBL qui ne dépendent ni du ministère de la justice, ni du ministère de l’éducation, ou du ministère des affaires sociales. Bref, ils dépendent du milieu carcéral, vu le manque de moyens financiers.

ADW : L’administration pénitentiaire peut-elle offrir une seconde chance aux détenus avec l’aide des ces éducateurs?
LV : L’administration carcérale n’est pas vraiment investie dans la formation, la réinsertion, de même que les soins aux détenus. Elle mise surtout sur la sécurité, d’où un manque d’idées avec des propositions telles que la construction de prisons et  l’implantation d’un système pouvant détecter les objets dangereux. Pour elle, il ne s’agit que d’un stockage d’individus.

ADW : les détenus appréhendent-ils avec enthousiasme l’apport de l’éducateur ?
LV : Il ne faut surtout pas idéaliser ce monde. C’est quasi semblable à la société vivant à l’extérieur ou même dans d’autres institutions, car tous ne sont  pas toujours intéressés. Cependant, il y en a qui ont une réelle volonté de réinsertion dans la société.

ADW : Trouvez-vous que l’éducation reçue en prison est suffisante pour une réinsertion effective du détenu dans la société?
LV : Pour cela un débat sur l’éducation s’impose, depuis la crèche même jusque avant l’arrivée en prison. Car dans ce milieu, l’éducateur essaye de réparer une situation, un véritable malaise existant. Alors, la question qui serait la bienvenue  est celle de savoir pourquoi les prisons sont surpeuplées. Surgiront donc des remises en cause sur le problème de l’emploi, du logement, de l’idée même du concept «punir», car les peines sont parfois très élevées. On dénombre aussi près de 40% des personnes en détention provisoire ce qui représente tout de même un nombre non négligeable, cause de surpopulation.

ADW : Cela justifie-t-il la surpopulation?
LV : Le problème de la surpopulation existe depuis une décennie. Les juges du tribunal de l’application des peines prolongent très souvent les condamnations. Je dirais que cela crée la surpopulation dans les prisons. Cependant les détenus vivent mal leur détention car pour certains ils ne sont tout simplement pas à leur place. C’est d’ailleurs l’avis de l’ex-directeur de prison de Lantin, Gérard de Coninck  qui témoigne dans son livre «Regard croisé entre la Belgique et le Canada ». Aux éditions Harmattan. Le grand constat serait que 90% des détenus ne sont pas à leur place.

ADW : Quel regard avez-vous sur l’état des prisons actuelles ?
LV : C’est une concentration de la misère, car on constate un taux élevé d'analphabétisme, de maladies, car les justiciables arrivent très souvent avec des maladies. Dans les prisons belges on relève plus de 1000 cas psychiatriques, parqués dans les ailes psychiatriques des prisons, et qu’on devrait retrouver dans les hôpitaux adaptés à soigner les malades mentaux.

Awanou Djomo Wiliam  
 

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